Do Kamo: Le dossier social unique

Un labyrinthe, 23.000 minotaures 😉

Dire que l’administration est un labyrinthe impénétrable au commun des mortels est un euphémisme. Non seulement l’usager commun n’en possède aucun plan, mais chacune de ses portes est gardée par un cerbère vigilant. 23.000, c’est le nombre de fonctionnaires en Nouvelle-Calédonie (9000 territoriaux, 1000 communaux, 13000 contractuels en 2021).

Le coût de cet impressionnant service de sécurité est effarant. 40% des dépenses du gouvernement ! C’est-à-dire qu’à peine plus de la moitié de ces dépenses profitent à la population générale, le reste servant à entretenir son propre fonctionnement. Problème de l’État-obèse, malade d’une boulimie sur laquelle il a perdu le contrôle depuis longtemps.

Indication à une sleeve?

Mais notre sujet principal, ici, est le sauvetage du système de santé. Je vais vous parler du dossier social unique. Sa mise en place, cependant, affronte un principal, énorme obstacle : l’État et son immobilisme. La plupart des mesures Do Kamo concernent tous les acteurs de la santé. Celle-ci est entièrement propriété de l’administration. Qu’elle s’en empare est aussi difficile que pour un patient de 200kgs, perdre la moitié de son poids. Devrons-nous avoir recours à la chirurgie, à une sleeve de l’administration ? Mais est-ce dans ses propres rangs que nous pouvons trouver le chirurgien ? 

Voici en quoi consiste l’intervention. Il s’agit de rassembler plusieurs tuyaux en un seul. L’assuré social arrive devant un hygiaphone. Son message franchit la vitre, attaché à un numéro unique. La demande s’auto-distribue à l’endroit où elle doit parvenir. L’agent qui la traite accède aux éléments concernant l’assuré, répond dans la journée. La satisfaire immédiatement est possible, la plupart du temps. L’agent possède déjà tous les renseignements. Temps raccourci, coût abaissé, multitude d’imprimés qui n’engorgeront plus nos décharges.

Une entrée monumentale pour le temple administratif

CAFAT, DSF, DPASS, AMG, DTE, DFPC, DAJ, DENC… derrière ces sigles se cachent toutes les portes par lesquelles le citoyen calédonien peut entrer dans le labyrinthe. L’unification de ces services existe seulement par le sommet. Hauts fonctionnaires, budget global de l’État à répartir, un ministre porte un regard descendant sur cette organisation hiérarchique. Il rétro-contrôle son fonctionnement. Cornaquer le gigantesque éléphant n’est pas facile. Beaucoup de petites gens se font piétiner.

Devant chaque guichet, ou chaque écran, l’assuré répond inlassablement aux mêmes questions. Dont l’administration connaît souvent mieux la réponse que lui-même. Tout est dans ses fichiers. Les gens sans éducation se découragent vite, de même que ceux qui procrastinent. L’administration voit sa charge de travail réduite par les demandes abandonnées, mais y perd considérablement en réputation. Là surtout siège le désamour ancien entre citoyens et fonctionnaires.

Carrefour entre citoyen et collectivité

Le dossier social unique. Numérique. Contenant les informations nécessaires à toutes les législations, sociales, fiscales, professionnelles. Actualisé par les employeurs, services administratifs, bailleurs, médecins, notaires, et pourquoi pas les gestionnaires de patrimoine.

L’unification concerne cette fois une direction négligée : celle du citoyen qui regarde l’édifice hiérarchique, en voit toutes les ramifications, hésite sur le tentacule à saisir. Quel que soit celui qu’il choisit, il sait que le tentacule ne connaît rien de lui. Il n’existe pas. Pas davantage qu’une molécule dans un gaz. Sa position n’est pas connue, mais cela ne change rien aux propriétés de l’ensemble. Le citoyen n’est pas réellement intégré à cette hiérarchie.

Le dossier social unique est davantage qu’un progrès de la modernité et de l’efficacité administrative. C’est le début d’une insertion sociale qui vient des individus eux-mêmes, qui n’est pas contrainte par des institutions aux motivations incompréhensibles. Une nouvelle direction… qui part du bas.

Atteinte aux libertés?

Certains ne montrent aucun enthousiasme face à l’insertion, qu’ils considèrent comme un abandon de liberté. Effectivement, individualisme et collectivisme sont deux pôles contraires. Mais le dossier social unique ne concerne en rien la place du citoyen dans la société, seulement la façon dont il entre en relation avec le collectif, comment il participe. Tandis que la liberté, c’est de participer ou non.

L’individu libre peut décider de s’affranchir du collectif. Un espace doit toujours être réservé à ceux-là. En pratique cependant, les gens qui tiennent ce discours utilisent les services du collectif dans l’essentiel des aspects de leur existence, sans même en avoir conscience (emprunter une route). Ou comptent inconsciemment sur eux (être conduit à l’hôpital en cas de maladie impromptue).

Le choix de faire partie

Ils réclament en fait de participer à certains services collectifs seulement. De leur choix. Mais ce n’est pas le principe du collectif. La solidarité concerne tous les aspects de nos vies. S’y inclure n’est pas substituer un élan solidaire par un ego freinant. Se collectiviser c’est faire partie.

Vision importante à conserver quand il faut affronter les problèmes d’atteintes à la vie privée, de CNIL et autres freins à la mise en ligne des renseignements personnels. La solution est simple : aucune obligation pour un citoyen de fournir les éléments du dossier social unique. Il en est l’acteur, par l’autorisation qu’il fournit. Un effort plutôt faible, comparé à tous ceux qui lui sont réclamés aujourd’hui.

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Précédents articles du dossier:
Comment sauver la CAFAT?
Le plan Do Kamo en 2022

Synthèse sur le plan Do Kamo

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